La recommandation de la Haute autorité de santé a été élaborée en partenariat avec la Société de toxicologie clinique « Dépistage, prise en charge et suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence » :
Article "Dépistage, prise en charge et suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence" (HAS)
La HAS a défini des seuils en cadmium dans les sols qui engendrent une surexposition au cadmium et justifie une surveillance biologique de l’exposition au cadmium pour des populations cibles :
0,5 mg/kg de matière sèche à seuil à risque pour certaines populations (consommation de légumes locaux, ingestion de terre ou ongles).
1 mg/kg de matière sèche à seuil à risque pour les enfants de moins de 7 ans ou les personnes exposées sur un temps long (plus de 10 ans, ou plus de 5 ans si exposition avant l’âge de 7 ans).
La matière sèche correspond à la quantité de terre sans l’eau contenue dans le sol.
Il convient de rappeler qu’un sol peut contenir du cadmium en l’absence de toute activité humaine, en raison de sa composition géochimique. Dans certains cas, ces teneurs naturelles peuvent déjà atteindre, voire dépasser, des valeurs de référence.
Les concentrations peuvent par ailleurs varier fortement selon les zones, notamment pour plusieurs raisons :
une richesse géologique locale en cadmium, liée à la nature des roches mères ;
des contaminations liées à des activités industrielles passées ou en cours
des apports anthropiques via les épandages de boues ou des fertilisants.
Logigramme de la HAS :
Le dépistage et le suivi s’adressent aux personnes vivant sur ou à proximité immédiate de sols pollués ou potentiellement pollués.
Les personnes les plus à risque sont :
Les consommateurs de légumes cultivés sur place ou cueillis localement
Les personnes présentant des comportements à risque : géophagie, onychophagie
Les enfants de moins de 7 ans avec un surrisque pour les 6 mois à 4 ans
Les résidents exposés sur un temps long : >10 ans si exposition commencée après 6 ans, >5 ans si exposition avant 7 ans.
| Seuil de cadmium dans le sol | Patients à dépister |
|---|---|
| ≥0,5 mg/kg | Consommateurs de légumes locaux, géophages, onychophages |
| ≥1 mg/kg | Les mêmes patients et enfants de moins de 7 ans, résidents exposés plus de 10 ans ou plus de 5 ans si exposition avant l’âge de 7 ans |
L’anamnèse environnementale est déterminante pour décider d’une cadmiurie. La prescription relève de l’appréciation du médecin, au regard du contexte d’exposition suspecté.
Apprécier si le patient réside sur ou à proximité d’un sol pollué ou potentiellement pollué.
Interroger sur :
La consommation de légumes locaux avec un potager par exemple
Les comportements particuliers de géophagie ou onychophagie
La durée de résidence sur le site
Prendre en compte la demande du patient s’il s’inquiète pour son exposition.
À titre préalable, il est important de préciser que l’avis de la HAS sur le dépistage, la prise en charge et le suivi du cadmium concerne spécifiquement les personnes potentiellement surexposées en lien avec leur lieu de résidence ; il ne couvre pas les situations d’exposition d’origine alimentaire.
Dans sa pratique quotidienne, un professionnel de santé peut être amené à évaluer une exposition au cadmium chez un patient se présentant en consultation. Cette situation peut relever de plusieurs contextes :
Une campagne de dépistage menée/préconisée par les pouvoirs publics, par exemple l’ARS ;
Une question, une inquiétude d’un patient que ce soit du fait d’un lieu de vie perçu ou connu comme pollué que ce soit du fait d’une industrie, d’une pratique agricole (emploi d’engrais riches en cadmium) ou d’une situation géologique particulière ;
Des inquiétudes, des soupçons concernant la contamination généralisée des aliments.
Pour ce dernier cas, un dépistage en cadmium ne se justifie pas d’entrée de jeu et la FAQ présentée ci-après permet de poser un dialogue avec le patient et de dispenser des conseils permettant de limiter son exposition au cadmium par les aliments.
Un médecin dispose rarement d’une information directe sur la qualité des sols. En cas d’incertitude, la décision de réaliser un dépistage repose sur un faisceau d’arguments cliniques et environnementaux issus de l’anamnèse.
L’évaluation d’une exposition potentielle s’appuie principalement sur :
les éléments rapportés par le patient concernant son lieu de vie, son activité professionnelle ou de loisir, et ses éventuelles connaissances de situations de pollution ;
l’analyse des habitudes de vie, notamment la consommation de productions issues de jardins potagers, d’aliments d’origine locale et la durée d’occupation du lieu de résidence ;
les informations disponibles relatives à des contextes environnementaux potentiellement concernés par des contaminations, dont le niveau de caractérisation et de documentation peut être hétérogène selon les territoires.
Pour la prise en charge et la surveillance médicale, se référer aux logigrammes de la HAS :
L’évaluation des effets sanitaires n’est indiquée que chez les personnes présentant une cadmiurie supérieure à 1 µg/g de créatinine. Elle repose en priorité sur la recherche d’une atteinte rénale, en particulier tubulaire proximale et glomérulaire.
Un dépistage d’une atteinte osseuse (ostéopénie, ostéoporose, déminéralisation) est indiqué en particulier chez les femmes ménopausées, les sujets de 60 ans et plus, ou en présence de signes biologiques de fuite phosphocalcique.
Chez les femmes en âge de procréer présentant une cadmiurie supérieure à 1 µg/g de créatinine, une information spécifique sur les risques fœtaux est recommandée, ainsi qu’une surveillance adaptée des grossesses et des enfants exposés in utero.
La recherche de carences en fer, calcium et zinc est recommandée chez les sujets dépassant les valeurs de référence, ces déficits pouvant majorer l’absorption digestive du cadmium et contribuer à l’exposition globale.






