Incendie de Planoise : synthèse des investigations menées

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Le 31 décembre 2019, un incendie criminel a ravagé le dépôt de véhicules souterrains de la fourrière municipale, dans le quartier de Planoise. Les services des pompiers ont maîtrisé et éteint l'incendie dans la nuit. Soucieux de l’impact possible des retombées des fumées, un groupe visant à évaluer les risques sanitaires pour les populations et à prendre les mesures nécessaires à été mis en place.
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Le parking de la fourrière est situé sous le magasin Intermarché de Planoise.

Le quartier de Planoise est un quartier en reconquête républicaine. Il compte près de 20000 habitants. Quartier d’habitat vertical, très densément peuplé, il  représente 41% du parc social de Besançon, et fait l’objet du nouveau programme de renouvellement urbain. Le quartier compte de nombreuses écoles, collège, lycée, et se situe à proximité du CHU et du Pôle énergétique de la ville (incinérateur, chaufferie bois, cogénération)

L’incendie de la fourrière de Planoise s’est déroulé dans la journée et la nuit du 31 décembre 2019.

Les personnels et clients de l’Intermarché et de la galerie marchande ont été évacués par les pompiers, ainsi que ceux du bureau de tabac situés en face. Des consignes de confinement ont été données par les pompiers aux riverains.

Selon le responsable des sapeurs pompiers, « l’incendie a été hors norme par son ampleur, sa durée, et les moyens engagés ». Le feu a été maitrisé à 20 heures.

L’ARS a été sollicitée par la préfecture le 31 décembre après-midi, des recommandations sanitaires ont été transmises le 31 décembre après une visite sur place, et relayées sur le site de l’ARS et par communiqués de presse préfecture/ARS les 1er   et 3 janvier 2020.

Suite à la réunion organisée par la ville de Besançon et la préfecture le 2 janvier, une cellule de suivi environnemental et sanitaire a été mise en place le 3 janvier. Cette cellule de suivi, pilotée par l’ARS sous l’égide de la préfecture, associait les services de la ville de Besançon, du Conseil départemental, du SDIS, ATMO Bourgogne-Franche-Comté, la DDCSPP, et en tant que de besoin la DDT, la Direccte et  la Cire.

Afin d’identifier l’ensemble des zones ayant potentiellement été impactées par les fumées de l’incendie et d’évaluer l’intensité de cet éventuel impact, une modélisation de la dispersion du panache de l’incendie a été réalisée, le 3 janvier 2020 par l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air ATMO Bourgogne-Franche-Comté

Cette modélisation a permis de cibler les actions d’information et de gestion auprès des habitants, des établissements recevant du public, et des professionnels de santé de la zone impactée.  

Une surveillance spécifique de la qualité de l’air a été mise en place du 3 janvier au 3 février et confiée à ATMO BFC pour évaluer l’impact de l’incendie sur la santé des habitants de la zone. Des prélèvements d’amiante dans l’air et dans les écoles à proximité ont été réalisés par l’ARS.

Les résultats des analyses réalisées n’ont pas montré d’impact sur la santé. Une information des habitants a été effectuée en réunion publique à Planoise le 15 janvier par la préfecture, l’ARS et la ville de Besançon.

La définition de la zone impactée par les retombées de l’incendie a été effectuée par l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air ATMO Bourgogne-Franche-Comté par modélisation. Elle a été transmise à la ville de Besançon, à la préfecture et à l’ARS le 3 janvier 2020.

Cette modélisation représente une approche qualitative de la dispersion du panache en estimant des pourcentages de dilution des émissions de l’incendie. Les calculs ont été réalisés sur la base :

  • des données météorologiques de la station Météo France de Besançon et de la plateforme de prévision de la qualité de l’air régionale Prev’Est,
  • de la période allant du mardi 31/12/2019 à 08h00 au mercredi 01/01/2020 à 00h00,
  • de 12 sources d’émissions ponctuelles localisées aux sorties et bouches d’aération du parking souterrain,
  • de la présence des principaux bâtiments autour du parking souterrain afin de prendre en compte leur effet sur la dispersion des panaches, et de la topographie
  • des informations terrain communiquées par le SDIS sur le déroulement de l’incendie.

Suite à l’incendie, le risque principal est lié aux retombées de suie et à leur ingestion. Des recommandations sanitaires ont été diffusées par communiqués de presse les 1er et 3 janvier par l’ARS et la préfecture, et relayées par la ville sur son site. Celles-ci sont disponibles ici sur ce site internet.

Pour les établissements sensibles (écoles, crèches, collège), des levées de doute par test de la présence de suie sur les extérieurs (rebords de fenêtres, jeux extérieurs) et sur les ventilations ont été conduites par la ville de Besançon et le Conseil départemental. L’absence de suie a été constatée sur les Etablissements recevant du public sensibles  testés. Le ménage a été fait à l’intérieur des écoles et des restaurants scolaires concernés les 6 janvier et 7 janvier. Les nettoyages extérieurs (bancs et jeux extérieurs) dans les écoles ont été réalisés par la ville de Besançon.

Suite à l’inquiétude des agents, dont certains présentaient des symptômes de type irritatifs, une levée de doute a été effectuée le 7 janvier par le SDIS au centre médico-social de Planoise pour le compte du Conseil départemental.

Une information ciblée des habitants de la zone impactée a été réalisée par la ville de Besançon : des flyers ont été distribués par boitage et affichage et en lien avec les bailleurs sociaux, le 8 janvier.

Pour les autres ERP de la zone impactée la diffusion de flyers a été réalisée par la ville le 9 janvier. L’ARS a diffusé les recommandations sanitaires aux  professionnels de santé de la zone les 8 et 9 janvier.

Lors de la phase aigüe de l’incendie le 31 décembre, les pompiers ont effectué des mesures à l’extérieur du parking aux abords sur les composés présentant des risques d’intoxication à court terme. Dans l'ensemble des mesures opérées, seul du monoxyde de carbone (CO) a été détecté. Ces mesures n’ont pas mis en évidence de risque pour la population. Lors de l’incendie, les pompiers ont demandé des mesures de confinement pour les riverains.

Bilan de la surveillance de la qualité de l’air réalisée par ATMO BFC

Les résultats de la surveillance de la qualité de l’air mise en œuvre par ATMO Bourgogne-Franche-Comté sur les stations fixes de mesures de Besançon (stations de Prévoyance et Mégevand) ont mis en évidence deux pics le 31/12/2019 à 15 h et à 21 h, pour les particules fines PM10 et les oxydes d’azote (NOx), sans dépasser le niveau d’information et de recommandation réglementaire.

L’ARS a mandaté ATMO-BFC pour la mise en place d’une station de mesures mobile dédiée le 3 janvier à 15 h sur le parking extérieur du Centre communal d’action sociale (Maison de service au public) de la ville de Besançon, situé face au parking de la fourrière.

Les mesures de particules et d’oxydes d’azote ont été accessibles en ligne en temps réel sur le site web d’ATMO -BFC, sur la page ici, station dénommée 25-mesures de proximité Planoise Besançon.

La surveillance s’est déroulée du 3 janvier au 3 février 2020.

La station de mesure de proximité de Planoise est équipée d’un préleveur de particules.Des analyses ont été réalisées sur les paramètres émis lors de l’incendie, et potentiellement présents dans les dépôts de particules :

  • Les dioxines et furannes (émis par la combustion des plastiques, pneumatiques, et produits pétroliers),
  • Les métaux (émis par la combustion de la carcasse du véhicule),
  • Les Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP – émis par la combustion des plastiques et pneumatiques)

Des points de prélèvements de polluants gazeux par méthode passive ont été mis en place le 6 janvier. Ils assurent le suivi des benzène toluène xylène (BTEX), polluants liés à la combustion d’hydrocarbures. Trois points de mesures ont été choisis :

  • Site 1 – Proximité directe du lieu de l’incendie (situé place des Nations, en face d’un point de sortie des fumées) ;
  • Site 2 – Station mobile de mesure de proximité de Planoise
  • Site 3 – Site non exposé

Durant toute la période de surveillance, ATMO BFC a édité un bulletin de surveillance quotidien transmis à la préfecture et à l’ARS.

La localisation des points de mesures, et l’analyse des résultats figurent sur le site d’ATMO BFC.

Les résultats ont été comparés aux seuils réglementaires de la surveillance de la qualité de l’air, aux valeurs de référence régionale d’ATMO, ainsi qu’aux valeurs toxicologiques de référence.

Les résultats des analyses ont été inférieurs aux valeurs toxicologiques de référence disponibles et n’ont pas montré d’impact sanitaire.

Réalisation de prélèvements d’amiante dans l’environnement

Le dossier technique amiante (DTA) du parking, en date de 2004, mentionnait l’absence d’amiante. Des travaux de désamiantage ont eu lieu en 2008 sur les joints des poteaux.

Suite à l’incendie du parking, la ville de Besançon a mandaté une expertise le 3 janvier 2020 pour la réalisation de prélèvements d’air ainsi que pour un repérage avant travaux pour le parking et l’ensemble de la surface commerciale.

Par précaution, suite à l’incendie, il a été décidé le 6 janvier de réaliser des prélèvements dans l’environnement proche de l’incendie afin d’évaluer l’exposition des populations, ainsi qu’au niveau du parking.

L’ARS a confié la réalisation des prélèvements d’air ambiant au laboratoire Eurofins. Les prélèvements ont été réalisés le 7 janvier 2020 au niveau des points établis en concertation avec la ville de Besançon : 

  • Ecole maternelle Fribourg : point témoin hors du panache : dans la cour de l’école
  • Ecoles maternelle Cologne et Bourgogne : 4 prélèvements (extérieur et intérieur)
  • Parking : 1 point à l’extérieur, 2 points à l’intérieur

 Les résultats de ces 8 prélèvements, ont montré l’absence d’amiante le 9 janvier 2020.

Les résultats de la surveillance environnementale réalisée n’ont pas montré d’impact pour la santé de l’incendie dans la zone de retombée du panache (telle qu’elle a été modélisée). Des mesures de gestion ont été prises par la ville de Besançon et par le Conseil départemental pour les établissements qui reçoivent du public, et une information des habitants a été réalisée par la ville de Besançon dans la zone.

Une réunion publique a été organisée le 15 janvier 2020 à Planoise. Les habitants y ont fait part de leur souhait d’une information plus en proximité, sur les risques pour leur santé, et sur les consignes à appliquer.

Suite à l’incendie de Lubrizol, et à cet incendie de Planoise, non comparables mais se faisant écho, les réflexions se poursuivent dans le Doubs (ARS/SDIS/ATMO) et en région sur la gestion de situations post accidentelles hors installations classées particulièrement pour le volet des analyses métrologiques.